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1- Les premières civilisations

Les premiers habitants de l'actuel Brésil furent les Indiens Arawak et Caribes, au nord, les Tupí-Guarani, sur la côte est et le bassin amazonien, les Ge, installés dans les régions orientales et méridionales du pays, et les Pano, à l'ouest. La plupart de ces tribus étaient semi-nomades et vivaient de chasse, de cueillette et d'une agriculture primaire.

Les Arawaks sont un groupe de peuples amérindiens qui habitaient à l’origine une région allant de l’actuelle Floride jusqu’aux îles des Antilles et une zone côtière d’Amérique du Sud s’étendant jusqu’au sud du Brésil. Les Arawak appartiennent à la famille linguistique arawakane. Ils ont été les premiers peuples des Amériques rencontrés par Christophe Colomb.
Les groupes d’Arawak d’Amérique du Sud ont mieux survécu au contact européen parce qu’ils étaient plus petits et plus dispersés. Leur structure sociale était aussi matrilinéaire, mais beaucoup moins complexe. Les Arawak du continent commerçaient avec les Hollandais et les Anglais. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, ils ont connu une période de transition vers l’agriculture de plantations.
Au cours du XXe siècle, les Arawak commencent à prendre des emplois rémunérés en complément de l’agriculture, la chasse et la pêche. Bien que leur culture actuelle dénote diverses influences, ce groupe s’est fait remarquer depuis l’époque précolombienne par son habileté à la poterie, au tissage, et au travail du bois et du métal. Aujourd’hui, quelque 30 000 Arawak vivent en Guyane, et d’autres populations moins nombreuses habitent le Suriname et la Guyane française. Il existe aussi des groupes parlant arawakan dispersés dans d’autres parties de l’Amérique du Sud.

Les Caribes sont un peuple amérindien d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale, du fond linguistique caraïbe (la mer des Caraïbes a été appelée ainsi d'après leur nom et c'est ainsi qu'ils sont parfois appelés à tort Caraïbes).
Les Caribes, probablement originaires de la vallée de l'Orénoque, pratiquaient le cannibalisme (le mot cannibale est dérivé du nom espagnol de ces Amérindiens, Canibales).

Le peuple Tupi-Guarani est groupe de peuples amérindiens d'Amérique du Sud, de la famille linguistique tupiane. On en rencontre diverses branches dans les régions côtières de l'est du continent au sud de l'Amazone et vers les contreforts des Andes. Les principales langues du fond tupian sont le tupi et le guarani. Les langues tupianes sont principalement parlées au Paraguay, en Uruguay, en Bolivie, au Brésil, et en Argentine. Le guarani est la langue la plus pratiquée de toute la région de l'Amazone, et est la deuxième langue du Paraguay.
Après l'arrivée des Espagnols, les peuples Tupi-Guarani de l'est furent regroupés au XVIIe siècle par les missionnaires jésuites dans des villages communautaires appelés "reducciones". Cependant, après l'expulsion des jésuites d'Amérique du Sud au XVIIIe siècle, les missions furent démantelées et les Indiens les plus européanisés s'intégrèrent aux colonies espagnoles, tandis que les autres migraient vers l'Ouest dans des régions sauvages et inexplorées. Les Tupi-Guarani tiraient leur subsistance de la chasse et de la pêche et, à une moindre échelle, de l'agriculture. Ils maîtrisaient parfaitement le travail de la pierre et la poterie.




2- Les explorateurs européens et les premiers colons

Le premier explorateur européen est le navigateur espagnol Vicente Yáñez Pinzón. Après sa traversée transatlantique, il touche terre près du site de l’actuelle Recife, le 26 janvier 1500. Il navigue ensuite le long de la côte, vers le nord, jusqu’à l’embouchure du fleuve Orénoque. Cependant, en vertu des décisions du traité de Tordessillas (1494), qui modifie la ligne de partage instaurée en 1493 par le pape Alexandre VI pour délimiter les empires portugais et espagnol, le nouveau territoire est attribué au Portugal.

L’Espagne ne revendique donc pas la découverte de Pinzón. En avril 1500, le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral atteint lui aussi les côtes brésiliennes. Il proclame officiellement la région possession du Portugal. Le territoire est nommé Terra da Vera Cruz (en portugais, « Terre de la Vraie Croix »). En 1501, le navigateur italien Amerigo Vespucci mène une expédition sur ce nouveau territoire à l’instigation du gouvernement portugais. Au cours de ses explorations, Vespucci reconnaît et baptise nombre de caps et de baies, dont celle de Rio de Janeiro. Il revient au Portugal avec du brésillet (bois de Pernambouc qui fournit une teinture rouge). La Terra da Vera Cruz prend, à partir de cette date, le nom de Brésil.

En 1530, le roi du Portugal, Jean III le Pieux (João III), entreprend un programme de colonisation systématique du Brésil. Sa première décision est de diviser le territoire en 15 districts, appelés capitaineries, confiés à perpétuité aux notables de la cour du Portugal, désignés sous le nom de donatarios, et investis d’immenses pouvoirs sur leurs domaines. Mais la France, intéressée par ce nouveau territoire, tente de s’en emparer. Les fréquentes incursions françaises et la menace qu’elles constituent pour cette possession de la Couronne portugaise incitent finalement le roi Jean à révoquer l’essentiel des pouvoirs des donatarios et à placer le Brésil sous l’autorité d’un gouverneur général. Le premier, Thomé de Souza, arrivé au Brésil en 1549, met sur pied un gouvernement central dont la capitale est fixée dans la nouvelle cité de Salvador de Bahia. Il réforme complètement l’administration et la justice. Pour protéger le pays de la menace française, il établit un système de défense côtière. L’importation de nombreux esclaves africains permet de pallier la pénurie de main-d’œuvre locale. C’est durant cette période, en 1554 exactement, qu’est fondée au sud du pays la ville de São Paulo.
L’année suivante, en 1555, les Français tentent de s’installer en établissant une colonie sur les rives de la baie de Rio de Janeiro. En 1560, les Portugais détruisent cette colonie et créent, en 1567, la cité de Rio de Janeiro.

2.1 Le pouvoir espagnol et les incursions hollandaises

En 1580, Philippe II, roi d’Espagne, hérite de la couronne du Portugal. Cette période d’union des deux royaumes, jusqu’en 1640, est marquée par de fréquentes agressions anglaises et hollandaises contre le Brésil. Ainsi, en 1624, une flotte hollandaise s’empare de Bahia. Mais l’année suivante, la ville est reprise par une armée composée d’Espagnols, de Portugais et d’Indiens. Les Hollandais reprennent leurs attaques en 1630. À cette occasion, une expédition subventionnée par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales prend Pernambuco, l’actuelle Recife, et Olinda. Les territoires compris entre l’île de Maranhão et la zone en aval du São Francisco tombent ainsi aux mains des Hollandais. Sous la compétente autorité de Jean-Maurice de Nassau-Siegen, la partie du Brésil occupée par les Hollandais prospère durant plusieurs années. Mais en 1644, Nassau-Siegen démissionne pour protester contre l’exploitation menée par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales. Peu après son départ, les colons portugais, soutenus par le Portugal, redevenu indépendant de l’Espagne en 1640, se rebellent contre le pouvoir hollandais. En 1654, au bout de dix années de luttes, les Pays-Bas capitulent et, en 1661, ils renoncent officiellement à leurs revendications territoriales sur le Brésil.

2.3 Le rétablissement du pouvoir portugais

En 1640, après la rupture de l’union entre les deux couronnes d’Espagne et de Portugal, le Brésil repasse donc sous la souveraineté portugaise et devient une vice-royauté. Espagnols et Portugais vivent alors pacifiquement en Amérique du Sud jusqu’en 1680, date d’une expédition portugaise au sud de la rive orientale du Rio de la Plata où ils fondent une colonie. C’est la cause d’une longue série de troubles qui ne s’achèvent véritablement qu’en 1828 avec la création de la république d’Uruguay.
L’expansion brésilienne vers le sud a été précédée par une forte pénétration des terres intérieures. Dès le début du XVIIe siècle, des missionnaires jésuites font des incursions en Amazonie. Dans la première moitié du siècle, des Paulistas (habitants de São Paulo) atteignent les terres en amont du Paraná. Mais, ces expéditions n’ayant d’autre but que d’asservir les Indiens, rencontrent une vive opposition de la part des jésuites. Soutenus par la couronne du Portugal dans leur œuvre protectrice et religieuse, ils finissent par triompher. Par la suite, bon nombre de Paulistas deviennent prospecteurs et se lancent fiévreusement à la recherche de minerais précieux. En 1693, de riches gisements aurifères sont découverts dans l’actuelle région du Minas Gerais. La ruée vers l’or qui s’ensuit fait venir des dizaines de milliers de colons portugais au Brésil. La croissance économique est accélérée par la découverte de diamants en 1721 puis, peu après, par l’essor grandissant des cultures de canne à sucre et de café.
En 1750, le traité de Madrid entre l’Espagne et le Portugal entérine les revendications brésiliennes sur un vaste territoire à l’ouest des limites définies autrefois par le traité de Tordesillas. Le traité de Madrid est annulé par la suite, mais ses principes sont repris et appliqués dans le cadre du traité d’Ildefonso signé en 1777.

2.4 Joseph Ier de Portugal

Sous le règne du roi Joseph Ier de Portugal, le Brésil connaît de nombreuses réformes à l’instigation du marquis de Pombal, secrétaire aux Affaires étrangères et à la Guerre puis Premier ministre. Les esclaves indiens sont affranchis, l’immigration encouragée et les impôts réduits. Pombal atténue le poids du monopole royal sur le commerce international de la vice-royauté, centralise l’appareil gouvernemental brésilien dont le siège est transféré de Bahia à Rio de Janeiro en 1763. Trois ans auparavant, en 1760, à l’exemple de ce qu’il a déjà fait en 1759 au Portugal, Pombal expulse les jésuites du Brésil. La raison officielle est le mécontentement populaire suscité par l’influence jésuite chez les Indiens et leur poids grandissant dans l’économie.
Les guerres napoléoniennes infléchissent profondément le cours de l’histoire brésilienne. Dès novembre 1807, Napoléon traverse avec son armée la frontière hispano-portugaise. Sans attendre l’arrivée des Français, le prince Jean, régent du Portugal, et la Cour embarquent à Lisbonne à destination du Brésil. Le gouvernement royal du Portugal est donc installé à Rio de Janeiro. Sous l’autorité du régent, des réformes sont mises en œuvre, dont la suppression des restrictions commerciales, l’instauration de mesures en faveur de l’agriculture et de l’industrie, et la création d’établissements d’enseignement supérieur.

2.5 Jean VI le Clément

En mars 1816, le prince Jean devient roi du Portugal sous le nom de Jean VI le Clément. Sa popularité auprès des Brésiliens s’amenuise progressivement. La corruption et l’incompétence affectent le gouvernement royal. En outre, le sentiment républicain, largement répandu à travers le pays après la Révolution française, gagne une audience considérable lorsque les colonies espagnoles voisines deviennent indépendantes. Dès 1816, Jean VI doit intervenir pour occuper la région de la Banda Oriental sous le contrôle des révolutionnaires hispano-américains. L’année suivante, il écrase un début de révolution à Pernambouc. En 1821, la Banda-Oriental est annexée par le Brésil et reçoit le nom de province Cisplatine. La même année, avant de rentrer au Portugal, Jean VI nomme son deuxième fils, Dom Pedro, régent du Brésil. Mais au Portugal, une vive opposition s’est formée contre les réformes entreprises dans la vice-royauté. L’Assemblée portugaise, les Cortes, vote une série de lois destinées à redonner au Brésil son ancien statut de colonie. Dom Pedro est sommé de rentrer en Europe. En 1822, devant les demandes et l’indignation des Brésiliens, Dom Pedro annonce son refus de quitter le pays. En juin 1822, il fait convoquer une Assemblée constituante. En septembre 1822, alors que des envoyés du Portugal révèlent que les Cortes ne feront plus aucune concession aux nationalistes, Dom Pedro proclame l’indépendance du Brésil. La même année, un vote de la Haute Chambre de l’Assemblée constituante fait de lui l’empereur du Brésil sous le nom de Pierre Ier. À la fin de 1823, toutes les troupes portugaises stationnées au Brésil doivent se rendre au nouveau régime.

3- L'Empire brésilien (1822-1889)

3.1 Pierre Ier

Régnant en véritable dictateur, Pierre Ier perd beaucoup de popularité lors de sa première année au pouvoir. En 1823, à cause de dissensions avec l’Assemblée constituante, il décide de la dissoudre et promulgue une nouvelle constitution en mars 1824. L’année suivante, en 1825, l’Argentine soutient une révolte dans la province Cisplatine. Ce soutien est considéré par le Brésil comme une provocation et la guerre est déclarée entre les deux pays. Défaits en 1827, les Brésiliens doivent accorder, à l’issue de négociations menées sous la médiation britannique, l’indépendance à la province Cisplatine et à l’Uruguay. La fin des années 1820 voit la montée de l’opposition populaire contre Pierre Ier. En 1831, celui-ci décide finalement d’abdiquer en faveur de Pierre II, son héritier présomptif âgé de 5 ans. Pendant les dix années qui suivent, le Brésil est donc soumis à l’autorité d’une régence marquée par de fréquents soulèvements et révoltes en province. Vers la fin de cette décennie se développe un mouvement populaire en faveur du jeune Pierre II, destiné à le mettre effectivement à la tête du gouvernement.

3.2 Pierre II

En juillet 1840, le Parlement brésilien proclame la majorité de Pierre II qui peut donc prendre la tête de l’État. Il se révèle un des monarques les plus compétents de son époque. Sous son règne, qui dure près d’un demi-siècle, les croissances économique et démographique du pays sont exceptionnelles. La production nationale est multipliée par dix et le pays commence à se doter d’un réseau ferroviaire. La politique extérieure du gouvernement impérial est ouvertement hostile aux dictatures voisines. De 1851 à 1852, le Brésil soutient donc la lutte révolutionnaire qui abat le dictateur argentin Juan Manuel de Rosas. De 1865 à 1870, allié à l’Argentine et à l’Uruguay, il combat victorieusement le Paraguay.
En politique intérieure, le problème le plus délicat est celui de l’abolition de l’esclavage. En 1853, Pierre II interdit le débarquement d’esclaves noirs. Quelques années plus tard, une campagne en faveur de l’émancipation est lancée à travers tout le pays. À cette époque, le Brésil compte 2,5 millions d’esclaves. Les abolitionnistes remportent leur première victoire en 1871, lorsque le Parlement approuve une loi affranchissant les enfants nés d’une mère esclave. Les esclaves de plus de 60 ans sont libérés en 1885 et, en mai 1888, tous les autres esclaves sont affranchis grâce à la loi Saraiva-Cotegipe de la Princesse Isabel. À la même époque, un sentiment républicain se développe dans le pays, notamment en raison des sacrifices endurés lors de la guerre contre le Paraguay. Ces différents facteurs conduisent à l’instauration de la première république. Instituée sans compensation pour les maîtres, l’abolition de l’esclavage provoque la rupture entre les puissants propriétaires fonciers et le gouvernement. Pierre II doit également affronter l’hostilité d’une partie du clergé envers sa politique ainsi que l’infidélité cachée de nombreux officiers et la montée du sentiment républicain dans l’opinion publique.

4- La République brésilienne

4.1 De Manuel Deodoro da Fonseca à Floriano Peixoto

En novembre 1889, une révolte militaire dirigée par le général Manuel Deodoro da Fonseca oblige Pierre II à abdiquer. La république est alors proclamée sous l’autorité d’un gouvernement provisoire dirigé par Fonseca. Aussitôt, un certain nombre de réformes d’inspiration républicaine sont décrétées, dont la séparation de l’Église et de l’État. La rédaction d’une constitution est achevée en juin 1890. Inspirée par la Constitution des États-Unis, elle est adoptée en février 1891, faisant du Brésil une République fédérale, sous le titre officiel d’États-Unis du Brésil.

Fonseca est le premier président élu. Les débuts de la jeune République sont marqués par l’agitation politique en raison, notamment, de l’absence de traditions démocratiques du pays. Dès 1891, la politique et les méthodes arbitraires de Fonseca soulèvent une forte opposition du Congrès. Début novembre 1891, Fonseca choisit de dissoudre l’Assemblée et d’imposer un pouvoir dictatorial. Mais, poussé à démissionner par une révolte de la Marine, il cède le pouvoir à son vice-président, Floriano Peixoto. Celui-ci établit un gouvernement tout aussi dictatorial que celui de son prédécesseur. Il survit néanmoins à des révoltes de l’armée en 1893 et 1894, ainsi qu’à une série d’insurrections dans le sud du pays.

4.2 Difficultés économiques et agitation politique

L’ordre ne revient progressivement dans le pays que sous le gouvernement du premier président de la République civil, Prudente José de Moraes Barros. Puis, l’arrivée au pouvoir de Manuel Ferraz de Campos Salles, ancien gouverneur de São Paulo, marque un nouvel élan de l’économie brésilienne à partir de 1898. Sous l’autorité de ce nouveau président, d’énergiques mesures sont prises pour juguler la crise que traverse alors le Brésil. Campos Salles parvient notamment à renflouer les caisses de l’État grâce à un important emprunt à l’étranger. Cet emprunt, assorti d’importantes garanties de la part du gouvernement brésilien, permet d’assainir la situation financière du pays. Le pays voit son commerce et son industrie se développer. En effet, la production de café et de caoutchouc progresse régulièrement. Le pays semble destiné à connaître la prospérité, mais la chute du cours du café sur le marché international entre 1906 et 1910 crée de graves déséquilibres dans l’économie brésilienne. La situation se dégrade encore avec la baisse des prix du caoutchouc. Cette crise est la cause d’une intense agitation politique et sociale, en particulier sous la présidence du conservateur promilitaire Hermes da Fonseca.

4.3 La Première Guerre mondiale

Avec la déclaration de la Première Guerre mondiale, l’augmentation de la demande en café, en caoutchouc et en sucre sur les marchés internationaux sort l’économie brésilienne de ses difficultés. L’année 1914 voit également l’élection, sans opposition réelle, de l’industriel Wenceslau Braz Pereira Gomes. Le Brésil reste neutre au cours des premières années du conflit. Mais les attaques allemandes sur les navires brésiliens tendent les relations diplomatiques entre les deux pays à partir d’août 1917. En octobre 1917, le Brésil entre en guerre aux côtés des Alliés, contre l’Allemagne. Il expédie des navires sur les zones de combat et contribue à l’effort de guerre par l’envoi massif de nourritures et de matières premières.
Le retour à la paix ne signifie cependant pas le retour à la tranquillité. En 1922, l’amorce d’une crise économique oblige le gouvernement à faire des coupes drastiques dans le budget de l’État. Le mécontentement général débouche en juillet 1924 sur une large révolte, dont l’épicentre est à São Paulo. La révolte est matée après six mois d’affrontements par l’armée restée loyale envers le président Artur da Silva Bernardes, élu en 1922. Pour éviter de nouveaux troubles, Bernardes décrète la loi martiale qui reste en vigueur jusqu’à la fin de son mandat. Sous l’administration de son successeur, Washington Lius Pereira de Souza, la crise économique s’aggrave, provoquant de nombreuses grèves qui favorisent la propagation d’idées révolutionnaires en matière sociale. En août 1927, le gouvernement décide l’interdiction des grèves.

5- Du pouvoir de Getúlio Vargas au pouvoir militaire

5.1 La première présidence de Getúlio Vargas (1930-1945)

À l’issue de l’élection présidentielle de mars 1930, Julio Prestes, le candidat pro-gouvernemental, est déclaré vainqueur devant Getúlio Vargas. Ce dernier est un homme politique de premier plan, fervent nationaliste, originaire de l’État de Rio Grande do Sul. Il dispose du soutien d’une grande majorité de l’armée et de la classe politique. En octobre 1930, il déclenche un coup d’État. Après trois semaines de combats, Vargas est désigné président provisoire, avec de très larges pouvoirs.


Dans le but de réduire la crise économique, Vargas entreprend de diminuer la production de café et d’acheter, afin de les faire détruire, les excédents stockés. Ces dépenses renforcent les problèmes financiers du gouvernement et le Brésil est dans l’incapacité de faire face à sa dette extérieure. L’année suivante, en 1932, le régime de Vargas réprime une large rébellion à São Paulo après près de trois mois de combats intenses.

5.2 Le mandat constitutionnel (1934-1937)

En 1933, Vargas entreprend de doter le pays d’une nouvelle constitution en convoquant une Assemblée constituante. Le nouveau texte, adopté en 1934, prévoit notamment le droit de vote des femmes, la sécurité sociale pour les travailleurs et l’élection du président par le Congrès. Le 17 juillet 1934, Vargas est élu officiellement président de la République.
Au cours de la première année de son mandat constitutionnel, Vargas rencontre une forte opposition de la part de l’aile gauche du Mouvement des travailleurs brésiliens. En novembre 1935, des tentatives de révoltes communistes sont déjouées à Pernambouc et à Rio de Janeiro. La loi martiale est instaurée et Vargas gouverne par décrets présidentiels. Pour réduire la force de l’opposition, de grandes vagues d’arrestations d’opposants au gouvernement ont lieu. Le mécontentement populaire devient particulièrement fort lorsque le jeune parti pro-nazi Integralista gagne la faveur d’une large partie de la classe moyenne du pays. Bientôt toute l’activité antigouvernementale est centralisée autour de ce parti.

5.3 Le coup d’État et l’Estado Novo (1937-1945)

En novembre 1937, à la veille de l’élection présidentielle, Vargas fait dissoudre le Congrès et proclame une nouvelle constitution lui conférant un pouvoir absolu. Il réorganise le gouvernement et l’administration du pays à l’exemple des régimes totalitaires italien et allemand. Les partis politiques sont interdits, la presse et la correspondance sont soumises à une étroite censure.
Le gouvernement de Vargas, officiellement désigné par le titre d’Estado Novo (« l’État nouveau »), doit rester au pouvoir jusqu’à ce que soit décidée la date d’un référendum sur de nouvelles lois organiques. Cette date n’est en réalité jamais fixée. Vargas obtient l’assentiment d’une large partie de la population grâce à une série de décrets assurant plus de prestations sociales aux ouvriers des plantations. La seule menace sérieuse contre son autorité vient de l’Integralista dont les partisans organisent un soulèvement en 1938. Quelques heures suffisent à écraser la rébellion.
En dépit du caractère totalitaire de son régime, Vargas entretient d’amicales relations avec les démocraties. Son gouvernement est ouvertement hostile au Troisième Reich, notamment en raison de l’activité d’espionnage nazie au Brésil. Lorsque la preuve de la complicité nazie dans la révolte de l’Integralista est apportée, Vargas impose de sévères restrictions aux ressortissants allemands installés au Brésil. Cette mésentente conduit à une rupture temporaire des relations diplomatiques entre les deux pays en octobre 1938.
La tentative de normalisation des relations est entravée par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Soutenu par les États-Unis, le régime de Vargas s’engage aux côtés des Alliés. La contribution brésilienne au conflit est avant tout économique : un vaste programme d’expansion industrielle permet d’augmenter la production de caoutchouc et des autres matériels de guerre vitaux. Des bases navales et aériennes sont construites sur les points stratégiques de la côte brésilienne. Elles deviennent d’importants centres de la guerre anti-sous-marine pour les Alliés. Progressivement, la flotte brésilienne se voit confier la conduite des missions de patrouille dans l’Atlantique Sud. En 1944 et 1945, un corps expéditionnaire brésilien prend part à la campagne alliée en Italie.
Mais pendant ce temps, les manifestations de mécontentement à l’égard de Vargas se multiplient. À la suite d’un défi lancé en février 1945 par un groupe d’éditeurs, le gouvernement accepte d’assouplir la censure sur la presse. Le 28 février 1945 est annoncée la tenue d’élections présidentielle et législatives. Peu à peu, les principales entraves à l’activité politique sont levées. En avril 1945, tous les prisonniers politiques, y compris les communistes, sont amnistiés.

5.4. La présidence de Enrico Gaspar Dutra (1946-1951)

Pendant la campagne électorale, une série de décrets-lois impopulaires font craindre que Vargas ne veuille rétablir la dictature. En octobre 1945, un coup d’État militaire l’oblige finalement à démissionner. José Linhares, premier magistrat de la Cour suprême, est nommé président provisoire dans l’attente des élections. Celles-ci ont lieu en décembre 1945. Elles donnent une large victoire à l’ancien ministre de la guerre, Enrico Gaspar Dutra. Il entre en fonction en janvier 1946. Les députés nouvellement élus sont chargés de rédiger la nouvelle Constitution, adoptée en septembre 1946.
Dans le climat de guerre froide qui s’instaure dans les relations internationales au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Brésil se range aux côtés des États-Unis. Au cours de l’été 1947 se tient la conférence internationale panaméricaine pour le maintien de la paix et de la sécurité, qui débouche sur le traité de Rio. Ratifié par le Brésil dès septembre 1947, il prévoit notamment l’union des pays signataires face à toute agression armée dirigée contre une nation occidentale. En octobre 1947, agacé par un article d’un magazine soviétique présentant le président Dutra comme le jouet des États-Unis, le gouvernement brésilien rompt ses relations diplomatiques avec l’URSS. Quelques mois plus tard, le Congrès décide de chasser de leur poste tous les communistes ayant un mandat électoral. La mesure touche un sénateur et 14 députés.

5.5 La seconde présidence de Getúlio Vargas (1951-1954)

Getúlio Vargas retrouve la présidence du Brésil en janvier 1951 à la suite des élections tenues en octobre précédent. Il forme un gouvernement de coalition avec les grands partis. Aussitôt en fonction, ce gouvernement prend des mesures pour équilibrer le budget de l’État et mettre en place un programme de réduction de l’inflation, d’augmentation des salaires et d’extension des réformes sociales. Ces décisions contradictoires n’empêchent pas la croissance de l’inflation. Ces années d’après-guerre sont également marquées par la recrudescence des activités clandestines des communistes et la renaissance du nationalisme qui mène à la nationalisation des gisements pétroliers en septembre 1952. En outre, l’incohérence des mesures économiques, faussement présentées comme une politique d’austérité, déclenchent un tollé grandissant dans les milieux conservateurs.
En août 1954, en pleine campagne électorale législative, un officier de l’armée de l’air trouve la mort dans un attentat dirigé contre un directeur de presse anti-Vargas. Cette mort amène l’armée à exiger la démission de Vargas. Le 24 août, Vargas accepte de laisser provisoirement le pouvoir au vice-président João Café Filho, avant de se suicider quelques heures plus tard.

5.6 Les présidences Kubitschek, Quadros et Goulart (1956-1964)

L’ancien gouverneur du Minas Gerais, Juscelino Kubitschek, réunit le soutien des partisans de Vargas et des communistes, ce qui lui permet de remporter l’élection présidentielle d’octobre 1955. Sitôt sa prise de fonction, en janvier 1956, il annonce un ambitieux plan quinquennal de développement économique, suivi d’un emprunt auprès de banques américaines, d’un montant supérieur à 150 millions de dollars. C’est également à cette époque que sont approuvés les plans de la future capitale fédérale : Brasilia. La décision de transférer la capitale de la côte vers l’intérieur du pays symbolise la volonté de rééquilibrer les régions entre elles et de valoriser les régions enclavées. Le pays connaît une intense croissance industrielle. En effet, sous l’impulsion des autorités, le Brésil commence à renforcer son tissu industriel afin d’être moins dépendant des cours des matières premières. L’idée est de substituer progressivement aux importations de biens manufacturés des productions locales. Cependant, ce début de croissance est tempéré par la chute des prix mondiaux du café dans la seconde moitié des années 1950, montrant combien le Brésil reste alors encore soumis aux variations des prix des matières premières. L’inflation ne ralentissant pas, le mécontentement social donne lieu à de fréquentes émeutes et grèves des ouvriers ou des étudiants.
Jânio da Silva Quadros, ancien gouverneur de São Paulo, devient président du Brésil en janvier 1961. Il entreprend aussitôt une politique d’austérité économique. Tous les ministres reçoivent l’ordre de réduire les dépenses de leurs ministères de 30% et des fonctionnaires peu qualifiés sont licenciés. Quadros tente également d’éliminer la corruption que l’on disait importante du temps de Kubitschek. Puis, sans autre explication que l’évocation imprécise de « forces de la réaction » entravant ses efforts, Quadros démissionne en août 1961. Son vice-président João Goulart lui succède. Mais cette succession ne se fait pas sans difficulté. Les militaires commencent par s’y opposer, accusant Goulart d’avoir de la sympathie pour le régime castriste cubain. Un compromis est toutefois trouvé. La Constitution est amendée de façon à confisquer la plupart des pouvoirs exécutifs du Président en faveur du Premier ministre et du gouvernement, responsables devant le Congrès. Goulart peut entrer en fonction en septembre 1961. Une année plus tard, il provoque une grave crise gouvernementale en demandant l’organisation d’un référendum destiné à évaluer les possibilités de retour à un régime de type présidentiel. La proposition est acceptée, et, en janvier 1963, le Congrès officialise le résultat par une loi. Au cours de cette même année, Goulart fait pression sur le Congrès pour faire approuver un programme de réformes. Dès le début de 1964, il signe des décrets instaurant le contrôle des loyers bon marché, la nationalisation des raffineries de pétrole, l’expropriation des terres non cultivées et la restriction des transferts de bénéfices à destination de l’étranger.

5.7 Le régime militaire (1964-1985)

Au mois de mars 1964, quelques jours après s’être montré dans un meeting ouvrier, Goulart est renversé par un coup d’État militaire et doit fuir en Uruguay. Le chef d’état-major de l’armée, le général Humberto Castelo Branco devient président de la République.
Les militaires prennent soin, dès le mois d’avril, de rédiger une nouvelle Loi institutionnelle. Cette loi donne d’immenses pouvoirs au nouveau régime et supprime l’opposition, en particulier des partis de gauche. Le nouveau pouvoir adopte des versions modérées des réformes économiques proposées par Goulart et entreprend de combattre l’inflation notamment par le contrôle des salaires et le renforcement de la fiscalité. En 1965, une loi réduit les libertés civiles, augmente le pouvoir du gouvernement et confie au Congrès le soin de désigner le président et le vice-président.
En 1966, l’ancien ministre de la Guerre, le maréchal Artur da Costa E Silva, candidat du parti gouvernemental l’Arena (parti de la renaissance nationale), est désigné président. Le Mouvement démocratique brésilien, seul parti d’opposition toléré, a refusé de présenter un candidat en réaction à la privation des droits électoraux des adversaires les plus farouches du gouvernement militaire. L’Arena remporte également les élections législatives fédérales de 1966. À la tête d’un gouvernement promilitaire, Costa se préoccupe surtout de la croissance économique du pays. En décembre 1968, tirant les conséquences de l’agitation sociale et politique, Costa se donne des pouvoirs illimités et peut ainsi effectuer des purges politiques, des coupes sombres dans l’économie et imposer la censure. En août 1969, il est frappé par une attaque cérébrale. Les militaires choisissent le général Emilio Garrastazú Médici pour lui succéder, choix approuvé par le Congrès. Médici choisit d’intensifier la répression contre l’opposition, ce qui ne manque pas de la réactiver. Alors que le gouvernement encourage la croissance économique et la mise en valeur des régions intérieures, l’économie est rongée par l’inflation galopante et le déséquilibre de la balance des paiements. De plus, devant l’échec du programme pour améliorer la situation des plus démunis, l’Église catholique multiplie les critiques à l’égard du gouvernement. La contestation se fait donc de plus en plus vive dans le pays.
C’est dans ce contexte que le général Ernest Geisel, président de Petrobras, société pétrolière nationalisée, accède au pouvoir en 1974. Il commence par établir une politique plutôt libérale en desserrant la censure sur la presse et en permettant aux partis d’opposition de reprendre une activité politique légale. Mais ces mesures sont en partie annulées en 1976 et en 1977. En 1979, un autre militaire, João Baptista de Oliveira Figueiredo, succède à Geisel.

6- Le Brésil contemporain

6.1 Le retour à la démocratie (1985)

C’est finalement en 1985 qu’est élu le premier président civil brésilien depuis vingt et un ans, Tancredo Neves. Mais il meurt avant d’entrer en fonction. Le vice-président José Sarney le remplace. Confronté à un retour de l’inflation et à une dette extérieure considérable, Sarney impose un programme d’austérité comprenant l’émission d’une nouvelle monnaie, le cruzado. Pour affermir la démocratie, une nouvelle constitution entre en vigueur en octobre 1988. Mais la fin de l’année est marquée par l’assassinat au mois de décembre de Chico Mendès, un cueilleur de latex (seringueiros) qui luttait pacifiquement pour la préservation de la forêt amazonienne face aux grands propriétaires et qui devient un symbole du combat écologique.

6.2 La présidence de Fernando Collor de Mello (1989-1992)

C’est dans le cadre de cette nouvelle constitution prévoyant l’élection du président au suffrage direct qu’est élu, en décembre 1989, Fernando Collor de Mello, candidat du Parti conservateur de reconstruction nationale. Les mesures drastiques qu’il prend de lutte contre l’inflation provoquent une des plus graves récessions que le Brésil ait jamais connues en une décennie. Par ailleurs, des accusations de plus en plus précises de corruption commencent à être lancées à l’encontre du président Collor. Elles ont raison du peu de popularité qui lui reste. En juin 1992, le Brésil accueille plus d’une centaine de chefs d’État dans le cadre de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, plus connue sous le nom de « Sommet de la Terre ». Ce succès diplomatique n’empêche pas la Chambre des députés d’entamer une procédure de destitution à l’encontre de Collor. Le vice-président Itamar Franco est chargé d’assurer l’intérim. Tous recours épuisés, Collor finit par démissionner le 29 décembre 1992. Franco est alors officiellement investi comme président du Brésil. Il continue à lutter contre l’inflation, en particulier avec, en avril 1994, un plan de restructuration et de réduction de la dette extérieure du pays. C’est également dans ce cadre qu’est introduite, en juillet 1994, une nouvelle monnaie, le réal, en remplacement du cruzado mis à mal par l’inflation.

6.3 Les présidences de Fernando Henrique Cardoso (1994-2002)

À la fin de 1994, l’élection présidentielle voit la victoire de Fernando Henrique Cardoso, un sociologue reconnu mondialement, qui prend ses fonctions le 1er janvier 1995. Dès son arrivée au pouvoir, son gouvernement annonce son intention de réformer les systèmes de sécurité sociale et fiscal du pays et de poursuivre la politique de lutte contre l’inflation. Celle-ci semble, en 1995, partiellement jugulée, mais le coût social de cette réussite est très élevé. Malgré son réel décollage économique, le Brésil connaît encore des poches de pauvreté considérables. Le choléra est entré dans la vie quotidienne des plus pauvres. Et, sous-équipé, le Nordeste souffre de la plus importante sécheresse qui ait frappé la région en quarante ans, signe des multiples déséquilibres dont souffre le pays.
En 1997, le Brésil réalise un nombre croissant d’échanges avec les pays adhérents au Mercosur. S’il connaît une stabilisation de son économie (croissance à 3,6%, arrêt de l’inflation, développement du marché intérieur, augmentation des investissements étrangers, etc.), plusieurs indices en révèlent la fragilité (augmentation de la dette interne et déficit commercial, deux fois plus d’importation en trois ans, surévaluation du real par rapport au dollar). Les réformes engagées par le gouvernement afin d’assainir la situation (réforme budgétaire, réduction des dépenses publiques, etc.) ne donnent pas les résultats escomptés. L’accélération des privatisations rendue nécessaire, afin d’éviter une crise du système bancaire, rencontre l’opposition des syndicats, de la gauche radicale, de José Sarney et de généraux nostalgiques.
Le coût social élevé de cette situation qui provoque nombre de licenciements, aggrave les disparités entre les États de la fédération et est génératrice de la recrudescence de la violence urbaine. Sur le plan politique, le parti du président F. H. Cardoso, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), subit un revers aux élections municipales (automne 1996). Toutefois, grâce à l’amendement qu’il fait adopter, lui permettant de briguer un second mandat de quatre ans, Cardoso apparaît en bonne position pour poursuivre son action à la tête de l’État brésilien. Par ailleurs plus de 30 000 km2 de la forêt amazonienne dans l’État du Roraima sont dévastés, en février et mars 1998, par des incendies dus à de fortes sécheresses causées par El Niño et à l’imprudence des propriétaires terriens et des paysans recourant au système du brûlis. Ces incendies ont des conséquences dramatiques pour les Indiens Yanomamis et les petits paysans menacés par la famine.
En octobre 1998, le président Fernando Henrique Cardoso est réélu dès le premier tour de scrutin avec près de 54% des suffrages, contre moins de 32% pour son adversaire Luis Inacio Lula da Silva, leader du Parti des travailleurs (PT). Il annonce son intention de poursuivre son programme d’austérité et adopte, en accord avec le Fonds monétaire international (FMI), un plan de rigueur pour assainir les finances publiques. Cependant la crise financière asiatique et russe touche le Brésil, malgré l’intervention du FMI. Elle provoque l’effondrement de la Bourse (chutes en cascades entre août 1998 et le premier trimestre 1999) et la récession. Une dévaluation du real la mi-janvier est suivie par la décision par le gouvernement de laisser flotter librement la monnaie pour la première fois depuis l’instauration du real en 1994. Il en résulte une augmentation du chômage. Cette crise financière ébranle l’économie brésilienne et destabilise celle de ses voisins, notamment l’Argentine. Pour l’aider à faire face à cette situation, le FMI et les pays riches accordent 41 milliards de dollars au Brésil qui redresse rapidement son économie, même s’il demeure le pays le plus endetté des pays émergents et celui où les inégalités sociales sont les plus fortes. La stratégie monétaire du Brésil — qui consiste à laisser glisser sa monnaie par rapport au dollar — lui permet également de bien résister à l’effondrement économique de l’Argentine à partir de la fin 2001.

6.4 La présidence de Lula (2002- )

Les élections municipales de 2000 sont marquées par les bons résultats du Parti des travailleurs (PT), que remporte notamment la mairie de São Paulo. Le recentrage du PT va permettre à son candidat « naturel » — il s’est présenté en 1989, 1994 et 1998 —, Luis Inacio Lula da Silva, dit Lula, de remporter enfin l’élection présidentielle de 2002. Lors des élections législatives, qui se déroulent le même jour que le premier tour de l’élection présidentielle, le PT s’impose comme le premier groupe parlementaire à la Chambre des députés avec 91 sièges sur 513, devant le Parti du Front libéral (PFL), qui en totalise 84. Lula est élu au second tour de scrutin, le 27 octobre 2002, avec 61,3% des suffrages contre 38,7% pour le sénateur José Serra, candidat du PSDB, dauphin du président sortant Fernando Henrique Cardoso.
Pour la première fois, un président de la République de gauche est élu au Brésil. Il entre en fonctions le 1er janvier 2003, lors d’une cérémonie d’investiture empreinte de joie et d’émotion. Sa victoire suscite en effet de grands espoirs de changement au sein de la population. Contraint de mener une politique de stabilité économique afin de satisfaire les milieux financiers, tout en s’efforçant de répondre aux attentes sociales de la population, Lula propose un « pacte social » visant à réunir tous les acteurs de la société et à aboutir à un consensus sur les réformes à mener, notamment la réforme fiscale et la réforme agraire. Le combat contre la faim (programme « Faim zéro ») constitue en outre la priorité de sa première année de mandat.