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![]() La musique populaire
brésilienne naît de la rencontre des traditions
amérindienne, européenne et africaine. Trois
civilisations, trois univers sonores mais surtout des hommes – Indiens,
colons ou esclaves – dont l’histoire croisée est à
l’origine des rythmes du Brésil.
Pour être reconnue, il ne suffit pas à la musique d’exister… C’est bien parce qu’elle a su toucher le plus grand nombre, être diffusée dans l’ensemble du pays et pratiquée par des hommes et des femmes venus d’horizons sociaux et ethniques les plus divers, que la musique a pris part à la définition de l’identité brésilienne. De la naissance d’un style à la reconnaissance d’une identité musicale, il faut analyser les médiations : des lieux, des fêtes mais aussi des supports techniques en évolution constante. Les grands médias de masse que sont la radio, le cinéma et la télévision ; le carnaval et autres fêtes musicales à caractère religieux ; les marchés ruraux où sont vendues des partitions et de la littérature de cordel sous forme de simples folhetos constituent autant de modalités de diffusion d’une musique qui devient dès lors strictement brésilienne, non plus nordestine ou carioca. Le choroLe choro est une musique
populaire instrumentale brésilienne née à Rio de
Janeiro dont les origines remontent à la seconde moitié
du XIXème siècle, et qui continue à être
jouée aujourd’hui, non seulement dans sa ville natale mais aussi
dans toutes les grandes villes du Brésil. En tant que style
musical national, le choro est antérieur au samba et à la
bossa nova, dont il est l’une des sources. C’est une musique
magnifique, éblouissante, d’une richesse exceptionnelle et d’une
importance esthétique aussi considérable que celle du
jazz, du flamenco, du tango et des autres grandes expressions de la
musique populaire qui s’épanouissent et s’enrichissent depuis la
fin du XIXème siècle.
A l’origine, le choro fut la musique jouée par des musiciens brésiliens cherchant à reproduire à leur façon les musiques de danse européennes, en les mélangeant avec des rythmes venus d’Afrique. Le choro était alors une exécution musicale non écrite, mais il devint très vite un genre de musique instrumentale, en général en 2/4 et en forme de rondo, marqué par un recours à la syncope et à des modulations harmoniques caractéristiques. Aujourd’hui, le choro est une musique en partie écrite qui laisse ouverte la possibilité d’improvisations mélodiques, de variations harmoniques et d’ornementations rythmiques. Depuis sa naissance, le choro a été interprété sur une grande variété d’instruments. L’ensemble original, appelé terno, était un trio composé d’une flûte et de deux guitares. Au début du XXème siècle, le choro était déjà écrit pour d’autres instruments comme le piano et, dans les années 1920, il se frotta à ses contemporains nord-américains, le ragtime et le jazz dixieland : des trompettes, saxophones, trombones et contrebasse furent ajoutés à la flûte, la guitare et les percussions locales. L’ensemble traditionnel de choro, connu sous le nom de conjunto regional, comprend en général 5 ou 6 musiciens. La mélodie est jouée le plus souvent par le bandolim -la mandoline brésilienne-, la flûte ou la clarinette. L’accompagnement est assuré par deux guitares, une de 6 cordes et une autre de 7 cordes dont les lignes de basse contrapuntiques improvisées constituent une des caractéristiques les plus originales de ce genre musical. Le cavaquinho, petite guitare semblable à l’ukulélé, est utilisé comme instrument d’accompagnement rythmique et parfois comme instrument mélodique. L’instrument de percussion principal est le pandeiro, sorte de tambourin, dont le jeu riche en contrastes de timbres combine habilement le son aigu et grêle des lamelles métalliques et le son grave et profond de la peau tendue. Aujourd’hui les ensembles de chorões –comme on appelle les musiciens qui interprètent le choro- sont à géométrie très variable, allant du soliste ou des duos aux grandes formations, et incluant quelquefois des instruments électriques et d’autres instruments de percussion comme la batterie. Originellement, les conjuntos regionais étaient des ensembles de musiciens non professionnels qui se réunissaient spontanément lors de fêtes privées ou dans des cafés. Les chorões étaient des musiciens très prisés et respectés pour leur maîtrise instrumentale et leur capacité d’invention, souvent des véritables virtuoses qui ne jouaient pourtant que pour le plaisir et en général contre la nourriture et la boisson, tout en gagnant leur vie par d’autres moyens. Même si le genre a évolué depuis, beaucoup de musiciens étant aujourd’hui des professionnels, les rodas de choro, ces rencontres privées de musiciens de choro, continuent à être fréquentées assidûment, constituant même de véritables “universités ouvertes” où ces artistes se forment au contact des meilleurs, conquièrent leurs titres de gloire et forgent leur réputation d’instrumentistes. La sambaSamba est un terme masculin au
Brésil. Le mot dérive probablement du quimbundo, dialecte
afro-bahianais d'origine bantoue, où samba désigne le
"coup du nombril" (ou de ventre) par lequel un danseur soliste dans une
ronde chosit celui qui va lui succéder.
Le samba est né au tournant du XXème siècle sous la forme de couplets et refrains accompagnés par les battements de mains et les ensembles de percussion (batuque) qui constituaient alors l'essentiel des musiques de divertissement et de danse des classes populaires et afro-brésiliennes. Largement - et abusivement - identifié à toute la musique brésilienne, le samba est un terme générique qui regroupe de multiples genres musicaux : Les instruments principaux sont les viola (guitares à cinq cordes ou doubles cordes) et les tambourins adufe et pandeiros. - Le pandeiro est un instrument de percussion brésilienne d'origine arabe... Il se fit connaître aussi en Europe, étant populairement utilisé en Italie, en Espagne et au Pays Basque ; il est d'ailleurs connu en France sous l'appellation "tambour de basque"... Le baiãoLe baião constitue le
troisième grand courant de la musique populaire
brésilienne. De ce rythme naîtra l’ensemble des musiques
traditionnelles rurales du Nordeste, une région qui
s’étend de l’État de Bahia au sud à celui du
Maranhão au nord. Terre de la faim, des grands seigneurs et des
caboclos– métis de blancs et d’Indiens –, le Nordeste est le
lieu de nombreux syncrétismes. La musique y rythme la vie des
hommes : elle anime les bals, accompagne le travail, égaye les
marchés quand les repentistas, héritiers des troubadours
du Moyen-Âge, improvisent de longs récits historiques au
son de la viola, une petite guitare à cinq cordes. Longtemps
ignorées du reste du pays, ces musiques parviennent sur le
devant de la scène brésilienne dans les années
1940 grâce à Luiz Gonzaga.
La bossa nova Au-delà des
frontières, la musique brésilienne alimente les
rêves exotiques des Occidentaux et domine l’image du
Brésil – pays du football, du carnaval et de la samba. Alors
qu’en 1922, Pixinguinha lance la samba à Paris, dans les
années 1940, c’est aux États-Unis que les musiques
brésiliennes se font connaître. Dans le contexte de la
politique de bon voisinage initiée par Roosevelt à
destination de l’Amérique Latine, des artistes brésiliens
sont invités à se produire sur la scène
nord-américaine. Ary Barroso compose dans les studios Walt
Disney la musique des dessins animés Saludos, Amigos et The
Three Caballeros tandis que la chanteuse Carmen Miranda tourne à
Hollywood de nombreux films musicaux. L’actrice incarne la brazilian
bombshell: une femme sensuelle qui se déhanche sur des rythmes
endiablés le long de plages bordées de cocotiers. La
découverte de la bossa nova par les jazzmen
nord-américains au début des années 1960 rompt
avec l’image hollywoodienne de la musique brésilienne en
proposant une esthétique feutrée, intimiste et
résolument moderne, contrepoint de l’explosion festive d’une
samba de carnaval.
L’essor de la bossa nova est indissociable de la présidence de
Juscelino Kubitschek (1956-1960). Le style musical défendu par
Tom Jobim, João Gilberto et Vinicius de Moraes répond
à la vague d’espoir qui soulève alors le Brésil.
La musique aux harmonies dissonantes et jazzy répond à la
construction de Brasília, nouvelle capitale conçue selon
les principes du zoning, aux défis du développement,
à la coupe du monde de football remportée par
l’équipe de Pelé et Garrincha.
Le tropicalismeGilberto Gil et Caetano Veloso
inventent une musique psychédélique qui mixe rock et
musique traditionnelle brésilienne : le tropicalisme. «Je
mélange le chewing-gum avec les bananes», déclara
Gilberto Gil. - Le coup d’État de 1964 instaure un régime
autoritaire au Brésil : les opposants politiques sont poursuivis
et la censure est à l’ordre du jour. Dans un premier temps, la
musique populaire semble y échapper. Elle devient une prise de
parole en faveur de la démocratie lors de festivals de la
chanson organisés par les chaînes de
télévision. Aussi, les premières années de
la dictature sont paradoxalement une époque d’innovation
musicale. Tout en conservant ses racines, la Musique Populaire
Brésilienne s’ouvre aux horizons pop et rock. Le tropicalisme de
Caetano Veloso, Gilberto Gil, Gal Costa et Tom Zé prône
une certaine esthétique de la citation ; l’heure est à
l’exubérance, signe de résistance et de liberté.
Le mouvement se brise en 1968, lorsque les militaires imposent l’acte
institutionnel no 5 qui suspend les droits civiques et renforce le
pouvoir du généralprésident. Caetano et Gil sont
emprisonnés puis contraints à l’exil, alors que Chico
Buarque mène le combat du verbe contre les censeurs.
L’année 1984 marque la fin de la dictature. Le combat reprend pour que le retour à la démocratie se fasse à travers des élections directes. Et à nouveau, les musiciens s’engagent. Chico Buarque, Martinho da Vila, Fagner, João Bosco et d’autres mettent leur voix, leurs chansons, leur notoriété au service de cette cause. ForróStyle le plus populaire du
Nordeste brésilien, le Forró est une musique simple et
dansante. Dans sa forme traditionnelle, le Forró se joue avec un
accordéon, un triangle et une percussion. Dans sa forme plus
moderne, il utilise toujours l’accordéon, mais avec guitares,
basse, batterie et clavier. Le Forró doit sa naissance au
métissage des solos instrumentaux européens, des chants
indiens et des rythmes africains. Les textes parlent de la vie de tous
les jours, du travail, et bien sûr d’amour et de sexe. Musique
des travailleurs du Nordeste, c’est l’un des styles les plus
intéressants de la musique d’accordéon.
Les courants musicaux actuelsHors de tout mouvement
organisé, les courants musicaux actuels s’élaborent sous
le signe de la diversité. À la fin des années
1960, le tropicalisme de Caetano Veloso et Gilberto Gil
annonçait déjà : tout est permis ! Les guitares
électriques, le kitsch de Carmen Miranda, les rythmes du
baião et du rock’n’roll… Aujourd’hui le mélange est
à l’honneur dans le mangue beatde Chico Science, la bossa-nova
électro de Bebel Gilberto, la samba-rap de Marcelo D2 et
d’autres encore. Chaque musicien entend mener ses recherches dans la
direction qui lui est chère. Tous pourtant se rejoignent dans
une réappropriation de l’Histoire. La musique actuelle se tourne
vers ses racines, plonge dans la tradition. Mais la démarche
n’est ni nostalgique, ni passéiste : l’étude de la
musique brésilienne dans tous ses états et tous ses temps
permet aux artistes de mieux se comprendre et se redéfinir
après les années de chaos de la dictature et de la crise
économique.
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